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Fatima, l'absence et la douleur
Par meddy, lundi 22/12/2008 à 15:48:49.
Dix jours après la disparition de sa fille au métro Malpassé, Rachida nous livre ses craintes et ses espoirs

Mettre des mots sur la douleur qui la submerge. Entrebâiller l'armoire à secrets de sa fille. Comment faire face à l'inhumanité d'une absence qui ne porte pas de nom?

Longtemps, Rachida Saiah, 47 ans, a cru que la disparition de sa fille Fatima, 20 ans, n'était qu'un mauvais scénario extirpé d'un mauvais film. Et puis le vide a eu le temps de s'installer depuis ce 7 mai, 15h05, mystérieux instant que personne n'est parvenu à décoder jusque-là, où la jeune fille s'est volatilisée au métro Malpassé (13e ).

"La première fois, je n'ai pas voulu croire à cette histoire, glisse Rachida d'une voix presque soyeuse. Depuis la disparition de ma fille, je suis debout, mais comme une morte vivante." Cette mère-là ne s'emporte pas. Elle cause à mots pesés et soupesés. Elle dit la douceur de sa fille toujours "attentionnée", "gentille", "sans problème". "Dès qu'elle sortait de l'école ou du métro, elle m'appelait: maman, je suis là dans dix minutes!" Point de fugue indicible, incompréhensible. "Elle voulait se marier avec Meddy. Elle m'avait dit: prépare-moi le trousseau!"

Dans son trois-pièces, au deuxième étage d'un immeuble du Panier, le soleil joue d'insolences par la fenêtre ouverte, mais Rachida reste figée dans l'épreuve. Elle dépose des bouquets de mots simples sans haine ni désir de vengeance. Elle voudrait griffer le destin, le dompter: "J'ai juste envie de dire: laissez partir ma fille. Rendez-la moi vivante. Même pas de punition!J'accorderai le pardon! Dans mon sentiment, elle est vivante quelque part, mais dans une pièce fermée." Une histoire à dormir debout, ou plutôt à cauchemarder éveillé.

Là, dans cette ruelle paisible, Rachida semble vouloir fuir la cacophonie et la fureur du monde. Elle pleure en regardant les photos du bonheur sur le visage de sa fille, en première année de Bac pro à La Viste, et convoque les souvenirs passés. "Ce n'est pas d'elle de ne pas donner de nouvelles. Je connais ses habitudes. J'espère que Dieu lui facilitera le chemin du retour. Toute la famille n'arrive plus à dormir. Même son petit frère de 14 ans." À la fin du mois, les Saiah devaient déménager dans un plus grand appartement. "Elle m'avait dit: maman, laisse-moi choisir les meubles!" se souvient Rachida.

Ce soir encore, la douleur de l'absence reviendra lui tordre le ventre.

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